Samedi 19 mai 2012
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Pour cette troisième édition du courrier des lecteurs, je voudrais répondre à quelqu'un qui souhaite savoir "comment rebondir après une mauvaise inspection". Que ce soit dans le
contexte d'une formation à l'enseignement, ou que ce soit en plein exercice de ses fonctions, avoir une inspection n'est jamais un moment très agréable, et la rater peut être démoralisant au plus
haut point.
La mauvaise nouvelle, c'est que généralement, quand une inspection est mauvaise, on peut être quasi certains que les
inspecteurs reviendront pour s'assurer de notre évolution. La bonne nouvelle, c'est que ça nous laisse une chance de leur prouver (et surtout de se prouver à soi-même) qu'on est capables du
meilleur, et que cette fois-ci n'était que l'exception qui confirme la règle. Alors plutôt que de s'enfermer dans la dépression, il vaut mieux le prendre comme l'occasion de travailler sur les
objectifs qui nous ont été fixés et de s'améliorer. Je me souviens de ce que m'avait dit mon inspectrice/tutrice à ce moment-là (et elle n'avait pas tort) : "c'est naturel que tu sois déçue, que
tu aurais voulu et pu faire mieux. Sors ce soir, aère-toi l'esprit, bois un verre de vin... ou plusieurs ! Profite du weekend qui arrive pour décompresser. Et ensuite, à tête reposée, tu
réfléchiras à cette inspection, à ce qu'il y a eu de bien et de moins bien, afin d'établir un plan de progression. C'est ça que je veux voir à la prochaine inspection : si tu as pris en compte
mes remarques, et ce que tu as mis en oeuvre pour améliorer ce qui n'allait pas."
La première erreur que l'on fait dans ces moments-là est de croire que nous sommes les seuls dans cette situation. Ce n'est
pas le cas, en ouvrant un peu les yeux sur ce qu'il se passe autour de nous, on se rend compte que beaucoup d'autres vivent ou ont vécu la même chose. ça m'est arrivé, c'est arrivé à des amis et
à plusieurs personnes au sein du PGDE, mais il ne se trouve pas grand monde pour l'avouer. Et c'est bien dommage, selon moi. La peur de rater une inspection est présente chez tous les enseignants
(du moins ceux qui veulent bien faire), partager votre expérience avec eux (ceux en qui vous avez confiance, bien sûr) peut être bénéfique à plusieurs niveaux : d'abord, ça va vous permettre
d'extérioriser tout ce que vous avez ruminé dans votre coin."Pour qui il se prend, cet inspecteur à la noix, il a tort sur toute la ligne, il a vu que ce qu'il voulait voir, et pas tout ce que
j'ai fait de bien ! Ah ça non, rien à foutre !". Ensuite, vous allez vous rendre compte que beaucoup de vos collègues ont vécu la même chose et vous offriront conseils et consolation. Et puis
discuter de tout ça avec une personne extérieure à l'inspection vous aidera à mettre de l'ordre dans vos idées. Alors oui, sortez, buvez quelques verres (à condition de ne pas prendre le volant
par la suite), pensez à autre chose, et ne restez pas dans votre coin !
La prochaine étape va donc être de revenir, à froid, sur cette inspection. Bien sûr, il y a des inspecteurs plus injustes que
d'autres et qui semblent prendre plus de plaisir à vous descendre qu'à vous aider à progresser. Il y aura toujours dans ce monde des gens pour se sentir mieux en faisant se sentir mal les autres.
Mais la deuxième erreur serait de généraliser à tous les inspecteurs, et de ne pas se remettre en question. Je pense qu'un enseignant se doit d'être en constant questionnement sur sa pratique :
est-ce qu'elle est motivante pour ses élèves? Est-ce qu'elle est effective en termes de résultats? Qu'est-ce que je fais qui est à garder, et qu'est-ce que je fais qui est absolument inutile?
Bref, s'il est évident que vous avez fait des choses de bien durant votre inspection (quand-même, faut pas exagérer non plus), l'inverse est aussi valable. Qu'est-ce que l'inspecteur n'a pas
aimé? Pourquoi? Que pouvez-vous faire pour améliorer ces points? Comment? Voici les questions que vous devez vous poser pour opérer la transition entre la phase "dépression" et la phase "je me
reprends en main".
Après ça, la balle est dans votre camp. Cherchez du soutien et des conseils autour de vous, regardez ce qui marche chez les
autres, demandez conseil à des enseignants plus expérimentés, montrez que vous souhaitez progresser et que vous le faites activement. Pour éviter de vous éparpillez, concentrez-vous sur un point
à la fois. Si vous avez plusieurs choses à améliorer, commencez par celle qui vous semble la plus importante et/ou la plus urgente, et focalisez-vous dessus. Une fois que vous vous sentirez plus
à l'aise, passez au point suivant. Le plus dur quand on enseigne, c'est qu'il faut penser à tout pendant la leçon : surtout faire ça comme ça mais pas trop, être dynamique, utiliser ceci, aller
vite, mais leur laisser assez de temps, leur poser des questions pertinentes, qui les font réfléchir, agir de cette façon en cas de soucis, si ça marche pas, essayer plutôt comme ça, et j'en
passe, bref, on se perd facilement. Si vous essayez de tout améliorer en même temps, vous ne saurez plus par où commencer et vous ne progresserez pas, ce qui vous démoralisera davantage, au lieu
de vous booster. L'inspecteur préfèrera voir que vous avez bien amélioré quelques uns des objectifs qu'il vous avait fixés, même s'il en reste d'autres à travailler, plutôt que de vous voir
essayer de vous dépatouiller avec tout en même temps.
Malgré ce que vous pouvez penser après une inspection ratée, vous avez tout ce qu'il faut pour changer la donne, il ne vous
reste qu'à passer à l'action. Alors, séchez-moi ces yeux tout mouillés, votre avenir est entre vos mains, faites-en bon usage
Pending...